Légende

James Joyce fuit... Lorsqu’un homme sait tout à coup quelque chose

Catherine Gil Alcala

Publication aux Éditions La Maison brûlée en décembre 2015.

 

Extrait 1

HORDE LUI

Petite musique de chambre pour un tigre en cage...
Tourne, retourne, se noyant dans l'air célère, derviche furieux...
... versifiant visions désagrégées...
Suicide l'assassin de lui-même dans un jeu d'enfant de mort...
Saute à la marelle dans le brasier du soleil...
...

Enjambe la fenêtre du premier étage, saute !
Plonge dans le vide luisant de la chaussée, court, fuit !
...
Quelle révélation d'un parricide, quel spectre lui susurra sa fuite ?
...
Va à la débandade dans les dédales des rues !
Trébuche, s'envole et tombe, pantomime de cinéma muet, se relève !
Trace en diagonale sur la trajectoire du fou, danse à pas de zéphyr, zigzague, foudroyé dans les avenues, poursuivi par des foules indiscernables, dilué dans les marées montantes inhumaines, dans la fuite des pensées et l'entrechoquement de tout, des hordes d'enfants morigénant aux trousses !
Crie, réanimé de terreurs lointaines, éperdu ! est perdu ! boule a perdu !
...
Explose cristal dans la tête télépathe lourde du chaos des précognitions.
...
Bouscule, éructe des pardons persécutés, lapidé par les corps jetés des passants, happé par les silhouettes, les visages dissous dans le bitume.
Commotions d'émois, se cogne aux femmes glacées derrière des vitres intransparentes, s'agrippe à l'espace vide, s'appuie sur des façades s'effondrant en un fracas de rire, faciès de mascarades des villes de cinéma sous les bombes !
Vacille... les ciels tombent sur lui, miroirs brisés, souvenirs pétrifiés dans leurs fragments.
Les artères, fleuves affolés, les regards défenestrés, les voix en éclats projetés, l'assaillent, le découpent en mille êtres fuyants, se carapatant dans la déstructuration alentour et en lui, des extérieurs intérieurs, disparaissant dans l'évanouissement des perspectives, chancelant dans la défaillance des trajectoires, fuyant les villes de fin du monde à grandes enjambées, à grands renforts d'exhortations hallucinées !
Les yeux de nouveau-né fou, écarquillés comme des meules de foin, contemplent de loin en loin les villes miniatures fourmillantes, sur milles pattes télégraphiant l'annonce d'une disparition.

(…)

 

Extrait 2

La vie se déploie comme une bobine de cinéma.
Coupe sur une lèvre sur le reflet d'un comptoir glissant dans le coin d'un œil, une cigarette, une fumée qui cligne et larmoie, un sifflement entre les dents, une femme geai bleu noir d'une espèce rare : Louise !
Et lui de joie : Lui ! James Joyce ! s'invente un nom singulier !
Un nom comme un autre, cela pourrait aussi bien être Henri Michaux, Antonin Arthur ou Artaud... Rimbaud ! Lui, particulièrement l'homme fait pour la rencontrer, elle ! pas n'importe quelle femme mais « Louise broie du noir », héroïne cocaïnomane de mélodrame, comme l'appel du destin...
Ou lui et elle, n'importe quel homme pour n'importe quelle femme, innommables dans le grouillement du sexe ?!

LOUISE BROIE DU NOIR

Que voulez-vous, entendre par là ? de moi ?
Sexualité ? dualité des sexes ? l'amour ?... c'est la même chose ?

LUI JAMES JOYCE

Paroles fusionnelles échangées dans un regard...
Les coquillages de ses dents rient.
À l'instant elle pleurait, « soupe au lait » absorbe un café crépuscule sucré tassé et disparaît !
Louise qui s'échappe dans l'instantané de l'allée de la Reine, dans l'azur par myriades regards des anges : des caméras !
Dame de cœur déambulant sur l'échiquier des buildings et des avenues, poursuivie par le fou !
Elle marche, il ne sait si elle fuit elle aussi quelque chose, peut-être lui ?
Il la suit dans une cage d'escalier, s'arrête un instant, la regarde monter, la retient dans l'hallucination d'un regard...
Elle s'étire fantastiquement, ses bas lilas, encolimaçonnés dans l'escalier, forment un nœud de cuissarde, une queue de sirène, laissant apparaître au-dessus un tressautement velu à l'orée des fesses, les plis esquisse du slip...
...
Pas à pas, palier par palier, au rythme de la pulsation du cœur, s'enjuponner d'une nonne et putain, rendre l'âme dans l'érection de l'escalier, la tête dans le cul hautain d'une sainte...
Contemplation frôleuse pour rêve de michetonneuse !
Billets doux d'argent glissés dans le soutien-gorge, dans la culotte palper la cellulite, dans le cul de la hulotte se trouve la clé des palais de pets à introduire dans la serrure entrecuisse maudite...
Pour infiniment s'éprendre, se reprendre de la prendre...
Un rien d'un baiser qu'elle ne donne à jamais dans le frisson des songes de sa chair...
La regarder Joconde dans le chambranle, à perte de vue verges et mandorles glaireuses des paysages, se branler dans sa chambre, chérubin, concubine...
...
De désir, se déchirent pays sages, hymen rubicond du soleil au coucher, son œil aveugle expulsant, ocre du sang, miel noir de la nuit dégoulinant du ciel cicatrice sur l'horizon.
...
Louise, Molly mon ange aux fesses molles, par tous tes pôles, tes bords enchantés brûlants, ruisselle mon vit.
Esprit mal tourné en ribambelles, te chérir, chier des merveilles de malices...