Légende

Mésinterprétation des rêves

Catherine Gil Alcala

Présentation

Dans la désinterprétation ou la mésinterprétation des rêves ou « la bonne méthode utilisée par l’homme de travers va de travers (!) », le rêve est une prémonition du poème … C’est-à-dire que le poète utilise la méthode psychanalytique d’écouter les assonances des mots à l’intérieur des mots… Mais comme il est poète il le fait de travers c’est à dire de manière opposée à la bonne raison raisonneuse… ou il n’explore pas l’inconscient pour l’expliciter selon le regard psychanalytique mais selon son propre regard… Donc le poème n’explique pas le rêve mais l’embrouille toujours d’avantage… C’est plutôt le rêve qui par anticipation explique le poème… C’est clair ? Ou le rêve ouvre sur un autre rêve ? Ou le poème est l’interprétation délirante du rêve ?


Extraits du texte

 

Premier rêve

J’ouvre la porte de ma maison, ma maison est une grande prairie avec une forêt à la lisière du lointain, des anneaux multicolores, comme les anneaux de l’arc-en-ciel, venus de l’horizon foncent sur moi violemment, je dois me baisser pour les éviter, ils me frôlent en passant au raz de ma tête. L’un d’eux tombe à mes pieds et se transforme en un basset bleu qui me regarde.

Mésinterprétation

Le jour de la révélation apocalyptique, un saint apôtre, à la dame qui baisait langoureusement son orteil d’or, demandait raison. De déraison il l’aima dégringolant avec elle dans l’étuve d’une caverne volcanique, revenant sur la rive cul nu et riant il continuait à prier en son for intérieur pour son salut, rendu fou à lier par les stimulus des doigts d’étain de sa maitresse griffant son dos et sans même plus chercher à clore le tumulte et la commotion de leur ébats. « Elle ne redeviendra donc jamais molle ! » , lui semblait-il entendre ânonner les archanges en liesse. « Je merdoie , m’enfonce dans le dolorisme brulant du sexe comme un tison sur une verrue », fredonnait le surmoi dans un son de viole à l’emmêlement victorieux des corps. Enfin de la semence de ses bourses délesté, le baiseur lévitait sur la passion de son amante folle auréolée de sperme, tétant encore.
Moralité : l’âme aura le temps de l’éternité pour se retrancher dans la piété morfondue de la tombe, un nain s’ébat aux passes des belles narguant les gardes eunuques.


Second rêve

Je marche dans une rue en direction de la place principale de Madrid, j’entre dans la place carrée à la profusion d’ornementations rococos que je traverse puis je sors, là je prends un chemin de terre qui monte, dans un paysage de campagne des hommes lâchent des pigeons et tirent. Des pigeons tombent sur mes chaussures bleues et se transforment en deux oies blanches sanglantes.

Mésinterprétation

Cauchemar d’une femme en gésine dans les ruines d’un ancien phare. À la vue du placenta le parrain très pâle a une érection et lâche un pet immense qui fait un clapotis sur tout le long de la mer Adriatique. Les anges tombent des platanes pour caresser le ventre de la mère d’un geste propitiatoire, fusionnant ainsi avec l’âme de l’enfant mort-né. On entend de l’autre coté du monde les lamentations des cors de mer dans l’aurore. Le ventre comme un ballon dégonflé, morte en couche, la femme éthérée à la hanche mince sort la queue du parrain et comme accomplissant un geste du sort le branle outrageusement sous une puissante averse qui déchire le ciel à cet instant. Elle attrape par la main un quidam honteux et en lui tirant les cheveux l’amène prés de son cul et pète sur son visage avec hargne. Il décampe éjaculant en marchant sur les eaux, sa semence s’étire emportée dans le vent, badigeonnant l’azur d’une pisse jonquille. De la tombe surchauffée sort la femme éblouissante en sous-vêtement de soie et à la hanche devenue bleue et gluante. Les sanglots étranglés de l’enfant montent des songes dépités.